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L'AFJEV/APV réunit 250 membres adhérents journalistes, chroniqueurs et écrivains du Vin et des Spiritueux, ainsi que 110 membres associés, attachés de presse et chargés de relations publiques.
 
" BORDEAUX 1855 GRAND CRUS CLASSES by Yann ARTHUS-BERTRAND "
 
" Affiche Vin et Société"
Stratégie pour une action globale : Médiation permanente entre le monde du vin et ses interlocuteurs
   
  La France est un pays qui ne manque ni de talents ni de ressources, mais qui n'a pas toujours le don de le faire savoir avec le maximum d'efficacité. Certes, l'image du vin n'est en réalité pas si mauvaise que ça et tout Français à l'étranger, même le plus ignorant en la matière, voire le plus opposé à sa consommation, s'en fait cependant et naturellement l'ambassadeur, tant il sait et tant il sent que le vin fait partie de son patrimoine. Mais au-delà et en-deçà de cette considération, il apparaît que le vin et sa consommation posent de plus en plus de problèmes aux Français, qu'ils en soient les promoteurs ou les détracteurs.
Les nouvelles donnes socio-économiques ont peu à peu modifié la place et le rôle que le vin pouvait occuper dans notre société. A tel point que les observateurs étrangers s'étonnent souvent du sort qui est fait au vin dans ce pays.
Un " french paradox " parmi d'autres mais qui ne tourne pas à notre avantage. De nombreux constats s'imposent et notre association ne peut rester indifférente à un malaise de plus en plus croissant1. Or, si nous nous efforçons d'un côté de comprendre le monde du vin sous tous ses aspects pour mieux le décrire, ne nous revient-il pas de l'autre de jouer un rôle de médiateur ? Car il s'agit moins de prendre position que d'établir des traits d'union entre des interlocuteurs de bonne foi qui, à force de défendre leur point de vue, finissent par s'opposer avec des arguments de plus en plus arrêtés et donc de moins en moins convaincants. A tel point que le recours à la loi semble devenir le seul moyen de mettre un peu d'ordre dans le débat. On a ainsi vu comment la loi Evin, que certains cherchent à infléchir avec la rédaction d'un Livre Blanc, a divisé la société française et ce ne sont pas les arguties autour de la notion d'alcool qui risque d'arranger les choses. Mais revenons aux atouts de la France et cherchons à les mettre en valeur.
La France, en tant que premier pays producteur et première destination touristique, utilise mal ces deux atouts dans la construction et l'animation de son image de marque. Le vin, mode de civilisation, les paysages viticoles, parmi les plus riches en histoire, sont pour ainsi dire absents de la représentation de la France à l'étranger. Les Français eux-mêmes ont tendance à en oublier l'importance, comme si le vin était aussi la marque d'une honte collective.
Il y a là un problème franco-français qu'il nous convient de révéler et de résoudre, à l'exemple d'autres pays producteurs européens.
Les Français, grands consommateurs de vin, comptent aussi parmi les consommateurs les moins connaisseurs, comme si au-delà d'une science dite " infuse ", il n'existait pas une autre attitude à suivre pour en savoir un peu plus sur chaque appellation. Seuls les professionnels exercent cet esprit d'humilité. À nous, sans doute de le communiquer et d'en montrer tout l'intérêt. Boire, c'est d'abord découvrir, apprécier, interroger.
Enfin, pour éviter une énumération trop longue, les démarches des services de santé et de sécurité routière, aussi salutaires soient-elles, ne doivent pas pour autant, auprès de leurs interlocuteurs officiels aboutir à une diabolisation du monde du vin. Il y a une autre sensibilisation à instituer, une consommation intelligente, réfléchie, raisonnée, au sens littéral, à promouvoir, plutôt qu'une interdiction totale. Là encore, notre rôle est loin d'être négligeable.
Tous ces constats amènent plusieurs questions que nous livrons à votre réflexion : • Quelle est la position de l'Etat français vis-à-vis d'une de ses principales ressources, tant au plan économique, sociologique que culturel ?
Autrement dit, y a-t-il une politique du vin en France ?

• Quelle est la liberté d'action des politiques, à tous les niveaux, notamment régional, pour replacer le vin dans un mode relationnel autre que l'interdit ?
• Au moment où on ne nous parle que de concurrence de vins étrangers, qu'on érige comme un épouvantail, et où l'INAO cherche à repositionner sa politique de classification, ne devons-nous pas, nous aussi, donner un avis pour replacer nos appellations dans un contexte de relation, de comparaison et pas seulement " d'exception " ?
• Enfin, en relation avec les responsables politiques, ne devons-nous pas chercher à mieux comprendre les réflexes défensifs des professionnels de la santé et de la sécurité, en vue de développer une approche plus constructive de la consommation du vin ?

Autant de questions qui, si vous en êtes d'accord, méritent un travail de réflexion et d'action collective. C'est du moins le programme que vous propose d'établir les membres du bureau et du conseil d'administration, signataires de cette plate-forme.


1. Voir : Le Livre Blanc de la viticulture française, le rôle et la place du vin dans la société, la Documentation Française, juillet 2004.
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